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Romaric Maucoeur

Ce que tu prends des autres, c'est ce que tu leur apportes...
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April 30

Le Sens des priorités

Le Sens des priorités

  

« Ah, tu verras… Dans ta vie, il y aura un « avant » et un « après » 22 mai. Ta vie va changer. Tes priorités vont changer… » : c’est ce qu’un ami qui s’enquérait de la date à laquelle la naissance de ma fille était prévue me disait, il y a quelques semaines. Je suis sans doute naïf, mais quand même : je me doutais bien que l’événement était de nature à bouleverser le cours de ma vie. Mais ce que cet ami ne m’avait pas dit, c’est que la chose devait s’imposer à mon emploi du temps avant même sa naissance.

L’autre jour, en fin d’après-midi, je reçus un appel de l’assistant d’un directeur de casting figuration me proposant une journée de tournage pour le lendemain, près de la bibliothèque François Mitterrand. J’acceptai, bien que j’avais prévu de me rendre à Vélizy avec ma compagne pour acheter le trousseau de naissance de notre future petiote. J’avais scrupule à rater un cachet. Il fallait bien gagner un peu d’argent pour la faire manger, la petite !... oui, d’accord, en anticipant un petit peu, mais bon.

Je rentrai ensuite chez moi avec la vague impression que ce choix allait peut-être bien poser problème. Mais je comptais sur la compréhension de ma compagne que je retrouvai allongée sur le canapé en train de se caresser le ventre. Oups… Mauvais signe… Ceux qui auront passé leurs vacances d’enfance à la ferme comprendront à quoi l’on s’expose quand on dérange une poule en train de couver… Je n’avais pas abordé la question de cette journée de tournage depuis dix secondes que le mogwai que j’avais en face de moi se transforma en gremlin. Sauf que celui qui était à deux doigts de passer dans le mixer, c’était moi.

Oh, elle me dit le choses très calmement, hein : et qu’on avait prévu d’aller faire les courses pour le bébé, et qu’on avait trop repoussé le moment de les faire, et qu’on était en retard, et qu’on aurait pas forcément une autre journée où je serais disponible… Mais je sentis fort bien que j’avais plutôt intérêt à rappeler pour annuler ma participation au tournage sous peine de faire risette aux étoiles sur le balcon la nuit suivante. Je n’ai rien contre les étoiles mais vous comprendrez bien que j’ai préféré passer ce coup de fil…

Le lendemain donc, nous passâmes la journée à Vélizy, comparant les mérites des packs poucette-maxicosi-nacelle, barrant une à une les lignes de la liste d’articles de naissance fournie par l’hôpital, repérant les ensembles de chambres. Nous franchissions une nouvelle frontière, passions par-dessus une nouvelle barrière. Et au premier chef, la barrière de la langue. Oui, parce qu’il y a un truc qu’on ne dit jamais aux futurs parents : il faut penser à se munir d’un carnet de vocabulaire pour étoffer son petit lexique prénatal. Est-ce que je savais, moi, la différence entre une turbulette et une gigoteuse ? Ben, non ! Et c’était normal parce que c’est la même chose. Et comment déterminer le plus pratique entre un bavoir ou des langes pour faire manger bébé sans se faire régurgiter le repas du petit ange sur sa dernière chemise Kenzo ? Et c’est quoi des langes, d’abord ?

De même, nous basculions dans un nouvel univers de consommation, celui où l’on fait vraiment attention aux réductions et aux promotions qu’on nous propose, alors qu’en d’autres temps, on les aurait considérées d’un œil distrait. Il faut dire qu’en d’autres temps, on n’aurait pas passé un après-midi entier chez Vert Baudet et autres rayons bébés…

Le soir, nous rentrâmes emplettes faites, avec le sentiment du devoir un peu plus accompli. Nous avions comblé une partie du retard pris sur la préparation de l’arrivée de bébé.

De mon côté, je ne regrettai pas cette journée de tournage manquée, tant j’avais été fasciné par les découvertes que j’avais faites, tel un Christophe Colomb posant le premier pas sur le continent de la paternité (dans le sens que la paternité existait bien avant qu’il pose le pied dessus, même s’il eut l’impression, lui, de découvrir un monde nouveau…). Comment en effet regretter les tables de régie en voyant défiler les tables à langer ? Comment ne pas trouver les travellings moins funs que les gigoteuses ? Comment ne pas délaisser avec plaisir les « fins de journée » pour la perspective de futures nuits blanches ? Hein ?...

D’ailleurs, à propos de nuits blanches, je commençai à prendre conscience que le sens de mes priorités allait effectivement changer en regard du 22 mai. D’ici là, j’avais plutôt intérêt à bien dormir.

April 28

Réponde à la Princesse de Clèves

Pédopsychiatre et psychanalyste des personnages de fiction, diplômé de l’Université d’Elseneur, auteur de Toubib ou not toubib et de La Tentation du Prince en deuil dépressif, le docteur Marcellus répond aux questions des internautes.

 

*        *        *

 

« Bonjour, cher docteur. Je suis mariée depuis peu à un homme tout à fait honorable, malheureusement un certain Nemours s'est épris de moi et de mon côté je dois bien reconnaître que je ne suis pas du tout insensible à son charme. J'ai donc fait savoir à ce jeune homme que je ne serais jamais à lui, et j'ai prévenu mon mari du trouble que je ressentais en lui promettant de lui rester fidèle. Cette situation n'est pas simple. Or un certain individu s'acharne contre moi et passe son temps à me calomnier et à me rabaisser. L'ai-je mérité, dîtes-moi ? Alors que je lutte pour me sortir idéalement d'une situation pour le moins ambiguë ? Comment répondre aux provocations de ce monsieur, qui ne m'a jamais été présenté ? Et comment expliquer son attitude ? Serait-il amoureux de moi ? » La Princesse de Clèves, Paris

 

Chère princesse, pardonnez-moi d’avoir pris tant de temps avant de vous répondre. Je dois faire face depuis plusieurs semaines à une recrudescence de travail au Service de Psychologie de l’Hôpital des Fictions due aux nouvelles consignes ministérielles. Comme dans tant d’autres professions du service public, on nous impose la rentabilité et la rémunération à l’acte. Comment prendre soin de mes patients dans ces conditions ? J’ai voulu exercer ma profession par vocation et pas par utilitarisme. La psychologie demande du temps et ne se prête pas à l’abattage qu’on tente de nous imposer. Mais tout cela provient d’une politique générale rétrograde dont l’inspirateur à talonnettes me semble bien être le même personnage, hélas non fictionnel, qui vous harcèle et s’acharne à vous kärcheriser. Son problème de base, je pense – il n’y a pas besoin d’être guichetière ou attaché d’administration pour le comprendre –, c’est que cet homme-là n’a pas la moindre espèce d’once de délicatesse et qu’il se sert de sa position de supériorité pour assouvir ses penchants sadiques autoritaires : sinon il ne passerait pas sont temps à vous humilier alors que vous êtes dans une situation personnelle difficile. Mais je crois savoir qu’il a déclaré avoir beaucoup souffert « sur » vous : êtes-vous bien sûre de ne le pas connaître et de ne pas l’avoir rebuté ? Qui sait ? Vis-à-vis de vous, il agit peut-être par vengeance ou par dépit amoureux, en effet. Mais le cas de cet homme excède largement le vôtre ! Vous n’êtes pas tant à plaindre ! Il a fait pire, vous savez ! Par exemple, il a contraint une femme relevant de couches à reprendre le travail au bout de quelques jours. On se demande à quoi ont servi les luttes féministes et les progrès sociaux obtenus de haute lutte depuis des décennies. Mais que voulez-vous ? Ce doit être ça, la rupture. La rupture avec les règles élémentaires de l’humanité, je veux dire. Alors que vous conseiller ? Dans votre cas, face à un tel individu qui abuse de son pouvoir sur les gens en général, de son emprise sur ses collaborateurs en particulier, et qui fait si peu de cas de la bonne réputation des personnes, je crois qu’il vaut mieux laisser faire. Je m’explique : je ne suis pas en train de vous faire le coup de la blanche colombe que la bave du vilain crapaud nain n’atteint pas, bien au contraire ! Comme ce satyre manipulateur est en train de vous faire, bien involontairement, une grande publicité, le mieux que vous pussiez faire à mon sens est de rester stoïque dans la posture de la madone tourmentée n’osant pas agir : vous pouvez être sûre que cela fera enrager ce maniaque autoproclamé de l’action. Songez aussi que cet acharnement médiatique ne peut que vous être profitable : à force de vous déprécier et de s’en prendre à vous en public, le nain à Rollex ne fait que vous valoriser. Il va faire de vous l’étalon de la culture alors qu’il voulait vous transformer en symbole de la vacuité dans le monde d’utilitarisme et d’efficacité dans lequel il prétend nous enfoncer la tête. Enfin, votre histoire ayant été publiquement publiée, vous pouvez être certaine que les chiffres de vente de votre biographie vous grimper en flèche et que vous allez gagner beaucoup de droits d’auteur. Non que je vous croie vénale ! Mais imaginez la tête de cet homme, dont le seul étalon de la réussite est l’argent gagné, quand il constatera qu’il aura fait de vous un best-seller ! Imaginez-le consultant les palmarès de ventes publiés dans les news magazines… Et imaginez-le constater avec horreur que votre biographie trône en tête des titres les plus rentables… Que sera donc obligé de dire cet admirateur patenté des Etats-Unis d’Amérique ? « La Fayette, la voilà ! » : belle ironie, non ? Voilà, chère princesse. Ma réponse vous paraîtra peut-être assez peu psychologue, peut-être un peu militante, mais bon : j’ai parfois, moi aussi, besoin de me soulager. Courage et sachez rester constante : dans ce monde si versatile, cela devient si rare…

April 27

Espace culturel

ESPACE CULTUREL

  

         La nuit traîne encore sur le boulevard éclairé par les lampadaires. Une bande de blacks traîne aussi. Des gens sortent du métro, la mine débarbouillée mais la tête encore dans le brouillard. Nous sommes place Pigalle, à l’heure où la nuit desserre son étreinte sur le quartier, commence à céder dans son combat quotidien contre le jour. Les beautés nocturnes ont abandonné la partie depuis plusieurs heures. Le silence n’est troublé que par les jeunes désoeuvrés qui occupent le terrain déserté. Il est six heures du matin et il serait temps qu’ils aillent se coucher… Enfin je dis ça, je dis rien, hein…

         Posté devant le café qui m’avait été indiqué comme point de ralliement, un technicien fait le poteau indicateur et oriente les arrivants vers la rue Duperré où sont garés des camions techniques. D’autres techniciens vont et viennent, entrent et sortent de l’entrée de service d’un bâtiment dont je ne sais pas à quoi il sert, ni ce qu’il contient. Le décor sans doute, mais quel décor ? J’attends quelques minutes devant cette entrée avec trois ou quatre personnes venues faire la même chose que moi : pour le moment, attendre le chef de file. Le voici qui arrive, nous salue et nous invite à remonter un peu dans la rue. Nous entrons dans la salle de restauration d’un hôtel et nous installons aux tables recouvertes de nappes à carreaux rouges.

         Tandis que la radio grésillante vomit sur les ondes le tube de Charlie Winston, je jette un oeil sur mes compagnons du jour. Il y a un grand black baraqué dont on fera certainement un agent de sécurité au tournage (dans la vie, il l’est d’ailleurs…). Il y a deux trentenaires et deux sexagénaires. Il y a aussi une femme ne paraissant pas ses quarante-sept ans qui enfilera bientôt un short-jean moulant et un débardeur très aéré. Vers 6h15, déboule le type de l’Antillais jovial, en costard et panama blanc, une fleur rose accrochée à la poche de sa veste, lui donnant l’air d’un maquereau.

         C’est une nouvelle journée de figuration qui commence pour moi. La veille, le chef de file m’avait appelé pour me proposer de passer quelques heures sur le tournage d’une série produite pour une chaîne cryptée. Il m’avait aussi demandé si j’avais dans ma garde-robe ou dans mon entourage un bleu de travail et des chaussures de chantier : je devais figurer un ouvrier du bâtiment. Taisant ce que j’avais dans la tête, à savoir que je ne suis pas précisément bâti comme un ouvrier du bâtiment, je l’avais assuré que je me débrouillerais pour trouver ce qu’il demandait. « Oh, si tu ne trouves pas, c’est pas grave, me dit-il. Viens avec un vieux jean et un T-Shirt usé, je te trouverai un bleu. » Le soir même, il me rappela. J’avais des rangers qui pouvaient faire illusion côté godasses mais pas de bleu : « OK, je m’en occupe. »

         « – Vous pouvez aller prendre un café à la table de régie, près du décor. Romaric, attends deux minutes, je vais checker ce que t’as amené. » J’ouvre mon sac et j’en sors mes rangers. Au fond, trois T-Shirts datant de Mathusalem se battaient pour avoir le droit d’être choisis. Mais pas de bleu de travail : « Je t’en ai dégoté un. Comme tu n’en avais pas, ça m’a foutu dans la merde… » J’ai une folle envie de lui renvoyer à la figure que la production n’avait qu’à investir dans quelques bleus de travail pour s’éviter ce genre de désagréments, je lui oppose plutôt un grand sourire que j’agrémente d’un sourire bêta pour ne pas épiloguer… Il aurait fallu que je paraisse reconnaissant de ses efforts en plus de ça…

         Après cette inspection, je file vers le décor et la table de régie autour de laquelle les gens se pressent pour faire couler leur jus. Je découvre les lieux. Diantre !... Je ne m’attendais pas, en pénétrant par l’arrière le bâtiment, à voir ce que je suis en train de voir. Ô, naïf que je suis !... Puisque je suis à Pigalle, à quoi aurais-je dû m’attendre ? Je suis dans le Sexodrôme, dans un entresol, séparant le rez-de-chaussée et le sous-sol. Autour de moi, des portes à digicode ouvrant sans doute sur des salons particuliers, fermées, gardent leurs secrets inavouables tandis qu’une exposition des oeuvres picturales érotiques de Serge Simenon (fils de Marc, petit-fils de Georges) occupent les murs. Il y a aussi quelques photos dont les modèles sont passablement dénudés.

Vers 6h30, Fred, un assistant-réal, vient nous saluer en essayant de retenir nos prénoms tandis que le chef de file nous demande de retourner à l’hôtel pour signer nos contrats. Entre-temps était arrivé un nouvel homme d’âge mûr, nouveau compagnon du jour. Les langues se délient peu à peu, au sujet du Sexodrôme évidemment. L’un de nous se met particulièrement en avant, qui était présent sur le tournage depuis trois jours, pour jouer un petit rôle, la production l’ayant rappeler pour des raccords : « je joue un entrepreneur du bâtiment ». Puisque je suis censé jouer un ouvrier, il sera sans doute mon patron : du coup, je fayote et je décide de mettre mes rangers. L’homme, qui s’appelle Patrick, nous assure que le tournage de cette série est plutôt cool : « vous voulez du sexe, vous allez en voir ! » Tout un programme… Notre compagne féminine, Rosie, commencera-t-elle en nous en donner ? La voilà qui s’éplipse pour se changer et qui revient dans sa tenue aussi moulante qu’aérée…

Vers 6h40, Valentin, assistant-réal, vient piocher 3 figurants parmi nous pour tourner les premiers plans. Une employée de l’hôtel déboule quasiment simultanément en nous demandant d’un air aussi aimable qu’accorte de vider les lieux séance tenante : « il va falloir libérer la salle, messieurs. Mes clients vont descendre… ». Du coup, retour dans l’entresol.

A un technicien qui passe, Patrick lance : « on passe quand ? » Ouh la… la question à ne jamais poser sur un tournage quand on est la pour faire la chiourme… Le technicien fait une moue embêtée avec un bruit de succion qui n’a rien à voir avec l’objet des lieux : « pas tout de suite, tout de suite… » Les préliminaires seront peut-être être longs. Cela dit, la boutique ouvrant au public à 16 heures, le tournage n’ira sans doute pas au-delà de 15 heures.

Les minutes passent. Le chef de file me montre au premier assistant. Vers 6h55, l’acteur principal descend, dit quelques mots à Patrick, se faufile dans le sous-sol. Assis sur un banc, j’observe les denrées… Enfin, les denrées : entendons-nous ! Je regarde le contenu d’un distributeur de barres chocolatées et autre sucreries, hein, je ne parle pas d’autres choses. Ça, ça vient ensuite, au moment où un technicien nous invite à nous installer dans le fameux sous-sol : « c’est pas plus mal, vous avez la machine à café à côté ». Ouais… Le plus intéressant dans ce lieu n’est évidemment pas le fait que la machine à café est à côté…

Que recèle donc ce fameux sous-sol ? Ni plus, ni moins qu’une boutique thématique arborant lingerie anorexique, ustensiles variés et divers condiments pommadés pour un usage que la probité de ma conscience morale m’interdirait de signaler si je ne me faisait pas un devoir d’être le plus vérace possible dans la description de mes journées de tournage. Vérace, hein, pas vorace, parce qu’il y a là-dedans cette boutique de quoi avoir les yeux plus gros que le bas-ventre, je vous jure… J’en connais une à la maison à qui il ne faudra pas que je dise où j’ai passé ma journée : « t’as fait quoi aujourd’hui ? – Eh bien, j’étais au Quick et je faisais de la restauration rapide… »

Au-dessus de la rampe d’escalier, une plaque honore l’inauguration de cette boutique baptisée « Espace Héléna Karel ». Oui, parce que ça se dit, ça se veut, ça se proclame « espace culturel ». Ça ne rigole pas dans l’industrie du sexe. Je ne sais pas ce que cette Hélèna Karel a fait de si important pour la culture, que ce soit de l’art ou du cochon, quoi que j’en ai bien une vague idée, mais sous la photo où elle s’affiche dans le plus simple appareil, la devise qu’elle professe ne laisse pas de me laisser rêveur : « toujours plus loin, toujours plus haut ». Qu’est-ce qu’elle a fait de si extraordinaire dans sa vie ? Aviatrice ? Alpiniste ?

Nous nous installons dans cette salle et explorons l’endroit ; détaillons les étalages de lingeries coquines, les étagères de sex-toys, le coin librairie et vidéo ; nous amusons autour de certaines turgescences colorées arborant des têtes de dauphin, de serpent et autres animaux divers. Certains se font prendre en photo en compagnie des mannequins en déshabillés affriolants : « bouge, Rosie, on va finir par te confondre ! ».

Autour de 7h15, le chef de file déboule et me donne le bleu de travail à enfiler dans une cabine d’essayage (et j’ai bien dit « bleu de travail », hein, n’allez pas vous imaginer autre chose !). Il s’agit d’une combinaison déchirée en plusieurs endroits que je ne vais pas pouvoir mettre : je suis d’une carrure trop large. Il va falloir que je glisse le bas de la combinaison à l’intérieur de mon pantalon. Si on m’avait dit qu’un jour je glisserais dans mon froc les jambes d’un bleu d’ouvrier dans une cabine d’essayage du Sexodrôme… « – Bonjour, monsieur, qu’est-ce que vous avez dans le pantalon ?... – Que vous dire, que vous dire ?... »

Et puis rien chez moi ne fait ouvrier du bâtiment ! La carrure, déjà. Et puis la façon dont je suis fagoté aussi : il faut m’imaginer avec cette combinaison en bleu taché de blanc (du blanc de peinture, je le précise au cas où…) dont la moitié supérieure seulement était visible tandis que, dessous, mon jean, lui, n’était pas taché (et ne le serait pas malgré la nature du lieu qui déstabiliserait les caractères les plus trempés, quoi qu’on puisse sortir trempé de ce genre de lieu, ou tremper dans ce genre de lieu… mais je m’égare…). Quel genre de peintre se tacherait le supérieur sans se tacher l’inférieur ? Et puis il y a aussi ma montre, comme me le fait remarquer Patrick : Emporio Armani, ça fait pas très prolétaire. Cela dit, comme ce n’est pas une Rollex, on peut penser avec ça que j’ai peut-être raté ma vie… Ce serait déjà un début pour être crédible en prolo…

Le temps passe, les prises commencent et s’enchaînent (je parle du tournage). Nous divaguons tous entre discussions de figurants, exploration des lieux et des mille-et-un modes d’emplois d’accommoder ses soupers fins, les inévitables commentaires grassouillets sur l’environnement qui nous entoure, sur les vieilles histoires de londoniennes à Soho, sur la libération des années 70 et la chape de plomb morale des années de Gaulle et Pompidou (quoique 69 soit une année de Gaulle…). Vers 8 heures, une silhouette féminine en peignoir, conduite par deux figurants, vient faire sa petite foire aux tissus : « Eh, faut pas m’amener ici, j’aime trop la lingerie ! C’est en solde, ça ? C’est mignon… Tu passes ça en machine, y’a plus rien ! »

Quelques minutes plus tard, j’aperçois Bruno, un camarade croisé sur plusieurs tournages précédents, qui a décroché un petit rôle dans ce décor. Nous discutons et échangeons nos expériences de futurs pères cohabitant avec des compagnes en gestation. C’est rigolo de parler de ça au milieu d’accessoires érotiques : « t’as fait tes courses, ton petit marché ? – Ma copine étant dans son dernier mois de grossesse, je ne voudrais pas faire passer un message qui risquerait d’être mal interprété, tu vois… ». Tandis que nous parlons, des séquences sont tournées dans une cabine à côté avec un comédien et une silhouette. Et quelle silhouette ! Quand la nommée Bianca, séquence tournée, s’approche de la table de régie, les questions fusent que l’on n’ose pas formuler à haute voix, du genre « qu’est-ce qu’elle a sous son peignoir ? », « montre-nous ton jeu de jambes » ou « vous voulez pas qu’on joue au docteur ? » De quoi devoir vérifier si la blouse a toujours de la place à l’intérieur de votre pantalon, quoi…

Valentin vient me chercher vers 9h30 et, grimpant au niveau au-dessus, je pénètre dans le sein des seins (ou saint des saints, je ne sais plus…). Je suis au premier étage, celui des cabines vidéo et des rayons DVD. Pas des rayons Disney, comme vous vous en doutez… Mon rôle là-dedans se limitera à précéder mon chef de chantier devant la caméra et à passer derrière une grande bâche tandis que les comédiennes joueront leur scène. Après deux répétitions, quatre ou cinq prises sont tournées et l’affaire est emballée dès 10h10. Bruno, derrière le comptoir de location, fait des allées et venues derrière une porte automatique que l’on est obligé de lui rouvrir à chaque fois. Les comédiennes sont habillées comme doivent l’être des hôtesses du lieu (habillées, si, si !). Les figurants essaient de se donner l’air détaché en regardant les rayons : on les croirait dans un supermarché, ce qui est un peu le cas en fait, genre rayon métier de bouche…

De retour dans l’espace culturel, je reste inemployé jusqu’à 11h15, heure à laquelle on nous envoie manger dans l’hôtel, les tables étant servies par le camion de régie. A la table à laquelle je suis assis s’est aussi installée Bianca, qui devient le centre des conversations de la tablée : elle nous décrit ses expériences de mannequin, son régime alimentaire, ses activités sportives… Le mec qui est en face de moi la regarde avec un grand sourire permanent comme s’il allait la croquer… Il est à la limite de baver, le bougre…

Une heure plus tard, de retour dans l’espace culturel, nous poussons encore plus avant l’exploration en découvrant certains objets volumineux qui font l’article de façon humoristique, sans pour autant les tester : il y a des chaussons en forme d’attribut masculin, des animaux gonflables, des pâtes alimentaires aux formes coquines…

Les minutes passent. Patrick ne comprend pas pourquoi on ne le libère pas : il a fini sa journée puisqu’on ne va plus le faire tourner. Du coup, je pense avoir terminé aussi. Mais le chef de file me dit de rester encore comme je suis. J’attends donc encore ma libération tandis que des prises sont faites dans le hall. Je suis finalement libéré vers 13h30. Je signe ma feuille d’émargement, rend le bleu et file vers le métro.

Je m’imagine rentrant à la maison. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire ?... « T’as fait quoi aujourd’hui ? – Eh bien, j’étais sur le funiculaire et j’ai passé ma journée à monter et descendre… » Ouais, bon… Autant dire la vérité, hein… « J’ai passé ma journée dans l’espace culturel Héléna Karel », je suis sûr que ça l’impressionnera.

April 23

Casanova chez Silvia - critique sur CultureCie.com

« Casanova chez Silvia » : les regrets d’un séducteur

 

En s’inspirant de la correspondance de Casanova, Romaric Maucoeur a élaboré une passionnante intrigue amoureuse où le séducteur le plus célèbre de tous les temps, loin des clichés qui ont fait sa réputation, redevient un homme avec ses faiblesses, ses remords, ses regrets. Le texte est éblouissant, la mise en scène d’une infinie élégance. Coup de cœur !

 


 

Casanova n’est plus l’adolescent à Venise de chez Comencini. Vieillissant, seul, enfoncé dans un fauteuil avec pour tout interlocuteur véritable le spectre de celle qu’il a vraiment aimée, il se présente à nous avec tout le dépouillement inhérent à son âge, subissant les vocalises germanisantes de sa femme de chambre qui annone in extenso « Bruder Jakob » (« Frères Jacques » en allemand).  Il n’a plus que le souvenir d’un passé mort pour compagnon de survie. Il se revoit jeune homme à peine évadé de la prison des Plombs de Venise et arrivant chez les Baletti à Paris où, amoureux de la maîtresse de maison, il s’éprend aussi de la fille, la perfide Manon promise au compositeur de ladite comptine.

 

Toute la puissance dramatique du texte admirable de Romaric Maucoeur tient dans le double degré du récit. L’essentiel de l’intrigue a beau se dérouler durant les jeunes années du séducteur, son double au crépuscule de l’existence se maintient présent tout le long de la pièce, narrateur omniscient tapi dans l’ombre, scrutateur intraitable de son propre devenir fait de noirceurs, de désillusions, d’amertumes, de morts. Les effets de mise en scène appuient avec une élégance infinie cette superposition des deux personnages qui se font écho, s’emboîtent parfois la voix pour mieux ne faire qu’un.

 

Mais cette noirceur ne doit pas éclipser toutefois le rire car ce « Casanova chez Silvia » est également très drôle. Romaric Maucoeur a tissé en effet une intrigue dans le plus pur style des auteurs des 17ème et 18ème siècles avec des joutes verbales au phrasé brillant et pétillant, empruntant à Molière son humour vachard et à Marivaux l’élégance et le rythme du dialogue, deux auteurs qu’il connaît parfaitement et dont il a su, au détour de deux apartés, capter l’éminente modernité. Ainsi, personne ne s’étonnera de deux laïus sur la crise du logement et la peine de mort délicatement glissés au milieu des imparfaits du subjonctif d’un autre temps.

 

Au bonheur d’écouter ces échanges qu’on n’imaginerait pas sortis de la plume d’un auteur âgé aujourd’hui de 33 ans, au plaisir visuel qu’offrent des costumes flamboyants et des éclairages traduisant pleinement les parts d’ombre et de lumière que suggère le texte et incarnent les personnages vient s’ajouter la chance de voir jouer une équipe de comédiens magnifiquement unis autour de cette noble et belle cause : nous livrer du très bel ouvrage. Avec l’intelligence et le talent qui, à l’unisson, hissent le théâtre aux sommets de ce qu’il devrait toujours incarner : qualité, générosité, témérité.

 

Franck Bortelle

 

Source : http://culturecie.com Rubrique Théâtre contemporain, 22 avril 2009

N'en déplaise à Brecht...

N’en déplaise à Brecht…

  

         On a beau savoir que, par définition, l’activité d’un comédien est « intermittente », le dit comédien ne nous impressionne jamais plus que lorsqu’il donne l’impression d’être débordé. J’y pensais, l’autre soir, alors que je dînais avec un ami d’un plat de moules à l’estragon arrosées de Saint Feuillen blanche, une bière d’abbaye qui ferait passer les enfants du bon dieu pour des canards sauvages.

         C’est entendu, la réalité du comédien étant ce qu’elle est, on sait qu’on ne peut pas travailler tout le temps. Mais vu de quelqu’un qui ne connaît que la surface médiatique de ce métier, l’artiste désoeuvré passerait facilement pour un looser. On est donc bien content de saisir l’occasion, quand elle se présente, de montrer à quel point on est sollicité.

         Je déblatérais donc sur mon emploi du temps chargé de répétitions, d’ateliers, de vacations, de travail de communication et de lectures devant mon ami qui, de son côté, membre actif et décideur du collectif « Sauvons la recherche », se montrait intarissable sur l’absence de sens de l’Etat de ceux qui nous gouvernent et sur leur méconnaissance crasse du fonctionnement d’une société humaine, quand mon téléphone sonna : « Désolé, je dois répondre : j’ai un tournage demain, on doit me donner le lieu où ça va se faire… - Vas-y, réponds. Pas de souci. » Et au milieu de ce restaurant, votre serviteur de répondre sous les yeux de son ami qui devait se dire quelque chose du genre « bon, ça va, les affaires vont bien pour lui ». De mon côté, ce que je pensais plutôt, c’était quelque chose du genre « les affaires reprennent ».

         Concernant la figuration en effet, c’était plutôt le point mort depuis au moins six mois. Il faut dire que, pas mal occupé par ailleurs, je n’avais fait aucune relance et que je n’avais pas particulièrement couru après ces piges de tournage, sans bien sûr cracher dessus si d’aventure on devait m’en proposer. Dans ce cas précis, j’allais être transporté dans un petit cabaret des années 50 où un jeune auteur compositeur en devenir faisait ses premières armes ou, pour mieux dire, ses premières notes. Ô, magie du cinéma !...

         Le lendemain donc, je me rendis pour ce tournage de nuit, pour 17 heures, dans un hôtel du quai des Grands Augustins. Dans une suite du deuxième étage se pressaient déjà un certain nombre de futurs figurants, qui remplissant les formalités d’usage, qui passant à l’habillage ou au maquillage, qui se faisant coiffer. Après avoir rempli mes petites fiches d’usage, je me trouvai une place et je commençai La Résistible ascension d’Arturo Ui, de Brecht. Lire du Brecht alors qu’autour de moi, chacun revêtait les fanfreluches et les oripeaux de la belle société bien pensante des années 50, et que dehors, de l’autre côté de la Seine, s’affichaient ostensiblement ces symboles de l’honni Ancien Régime que sont le Louvre et la Conciergerie… Ô, comble de snobisme… Pardon, Bertolt !

         Mis à part le chef de file et son assistant, je ne connaissais personne sur ce tournage. Ah si !... Il y avait Philippe, ô surprise… Je l’avais rencontré quatre ans auparavant sur un court-métrage de science fiction, un truc que l’on avait joué sur fond vert, avant incrustation d’images de synthèse, une histoire de dingue où il interprétait un savant fou, mélange de l’Homme de fer et de Rastapopoulos, dont j’étais le serviteur subcarpathique… La chose s’étant réalisée à Joinville-le-Pont… Science-fiction à Joinville-le-Pont, on n’avait pas prévu ça dans les guinguettes…

         Après avoir revêtu mon costume et être passé au coiffage, progressant tant bien que mal dans ma lecture, j’observai les gens autour de moi. J’avais l’impression de me trouver au milieu d’une foire aux sosies… Tiens !... voici Anouk Grinberg ! Tiens !... voici André Falcon jeune (je sais, je suis probablement le seul à me souvenir qui est André Falcon…) ! Tiens !... voici le général Tapioca !... euh, non, ça, c’était moi : j’arborais, non sans contrition, la moustache que l’on m’avait demandé de préparer pour le tournage. J’avais une nouvelle fois sacrifié le bas de mon corsaire sur l’autel du sacro-saint cachet…

         Le temps de passer plusieurs coups de fil, de progresser dans Arturo et de me faire mettre un peu de poudre sur le nez (peut-être de la sud-américaine, vu mon physique), il était déjà 19h30. Le chef de file nous fit nous rassembler : le réalisateur, un dessinateur de BD à succès passé au cinéma, était venus pour nous jauger. « Très bien », dit-il, fort satisfait après nous avoir observé les uns après les autres. Puis il retourna sur le décor en nous laissant coincer la bulle, le comble du dessinateur de BD.

Vers 20h15, nous descendîmes dans le hall de l’hôtel et attendîmes le feu vert pour nous rendre sur le décor. On nous envoya peu à peu, par paquets, à trente mètres de là pour la mise en place. Le tournage avait lieu dans un restaurant du quai portant le nom d’un explorateur français apprécié de feu le roi Louis XVI (on pourrait se poser d’ailleurs des questions légitimes sur l’objet gastronomique de l’endroit, étant donné que l’homme finit croqué par une tribu de cannibales, mais glissons…), un de ces lieux dont on se dit, en passant devant, « tiens, je poserais bien mes fesses là mais ça doit être hors de prix ici », un de ces lieux à la devanture mystérieuse dont on se demande si le dehors vaut le dedans… Et là, force était de le reconnaître, il le valait : intérieur tout en bois, ambiance feutrée, assez chic, des portraits de poètes au murs… Le lieu rêvé pour siroter son Perrier rondelle, quoi…

On me casa près du piano, adossé à un pilier, probablement pour l’empêcher de tomber. Je devenais la version moderne du pilier de bar, en quelque sorte… J’avais juste la place pour loger ma tête au-dessous d’un projecteur dont je pressentais qu’il aller me poser problème. Assis au piano, un sosie de Gainsbourg encore en tenue moderne attendait les indications du réalisateur pour les répétitions. Il s’entraînait à coordonner son jeu avec les paroles d’une chanson préenregistrée avec sa voix qu’on lui passait par une oreillette. La chanson s’appelait « Parce que ». C’était du Aznavour chanté par du Gainsbourg. Un Gainsbourg jeune, hein, du temps où il avait encore une voix. La scène, au fil de cette chanson, suivait le parcours dans la salle d’un sosie de Monica Belluci (90C compris) vers le pianiste, puis leur dialogue : en gros, ça finissait par une invitation de la donzelle au musicien à passer une folle nuit de sexe dans l’atelier de Dali. Là-dessus, je devais trinquer avec mes commensaux, puis inviter ma courtisane du soir à passer dans le petit salon, sans doute pour y faire des galipettes ; nous devions passer alors entre la caméra et le piano. Le tout dans la joie, la bonne humeur et un brin d’ébriété. Quelques répétitions des comédiens seuls, puis avec figu silencieuse, puis avec figu bruyante (« C’est la fête, hein ! De la bonne humeur ! ») et vint déjà 21h45 avec sa pause.

Dehors, au bord de la route longeant le quai, le cadre aurait pu être bien pire pour siroter son café. En face de nous, le Louvre et la Conciergerie avaient revêtus leurs habits de nuit et de lumières. N’en déplaise à Brecht, ça le faisait quand même…

Vingt minutes plus tard, retour au décor. Nous fîmes deux ou trois répétitions pour régler les histoires de lumières. De mon côté, ou plutôt au-dessus de moi, les techniciens s’échinaient à baisser le niveau du projecteur qui me chatouillait de plus en plus les cheveux. Encore un peu et j’allais commencer la scène accroupi, la kératine en feu… En plus, je risquais de faire de l’ombre aux comédiens, non ? Première prise, la scène était bonne mais ça n’a pas manqué, j’ai commis une ombre disgracieuse. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir prévenu les techniciens… Correction faite, trois ou quatre prises suffirent à mettre la séquence en boîte. Après le son seul d’usage, ce fut une fin de tournage. Il était aux alentours de 11h30.

Après le retour dans la suite, la restitution des costumes et la réintégration dans les tenues civiles, je m’en allai dîner sous une tente plantée sur les pavés, au bord de Seine. Dîner d’un bon bœuf bourguignon, fût-ce vers minuit, sur les quais illuminés par les monuments historiques et les bateaux-mouches, n’en déplaise à Brecht, ça aussi, ça le fait !

 

romaric maucoeur

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x 1wrote:
Feb. 22
Sebastienwrote:
Je vois que tes mémoires d'outre tournage avance bien dis moi !
La loi de la contrariété systématique aura t elle le dernier mot ??? tan, tan !
La chef de file aura t elle une aventure avec le nouveau conseillé ANPE ????
Le prochain tournage aura t il lieu sans cachet dans les égouts de Monlussons ?????
Vous le serez en suivant les prochain épisodes de : "Romaric obsession" !!!
(:-p
a+tchoSeb
July 19
karinewrote:
Salut Romaric, dommage que nous n'ayons pas pu nous voir pendant les vacances de noel, a une prochaine fois j'espère en Charente, bonne chance pour tes projets de 2008 et surtout bon courage.
A bientot merci pour tes voeux, je te retourne toutes les gentilles choses que tu m'as dit.
Bizou
 
karine
Feb. 6
SALUT PAS MAL TON BLOG ET MERCI BONNE CONTINUATION A BIENTOT TU PEUT VENIRE FAIRE UN TOUR SUR MON BLOG ET TU PEUT LAISSE UN PETIT MOT AMITIER MIMI
Nov. 1